La question que me posent les créateurs d’entreprise n’est plus « faut-il traduire mon site ». Les moteurs de traduction automatique ont réglé ce débat. Elle est devenue : jusqu’où peut-on laisser faire la machine avant que ça se voie, et se paie.
Faire traduire son site par des professionnels reste indispensable sur les pages qui engagent l’entreprise : offre commerciale, conditions de vente, garanties, pages de conversion. Sur le reste, une traduction automatique relue par un traducteur, ce que la norme ISO 18587 appelle la post-édition, offre un compromis acceptable. Le vrai arbitrage ne porte pas sur le budget global, il porte sur le tri entre ces deux catégories de pages.
Quatre langues minimum, l’idée reçue à écarter d’abord
Aucun seuil de ce type n’existe. Le nombre de langues utile dépend de vos marchés réels, pas d’une règle générale, et traduire large sans savoir où sont vos prospects revient à payer quatre fois pour une seule audience.
Le point de départ tient en deux vérifications que n’importe quel dirigeant peut faire lui-même. D’abord, d’où viennent les visiteurs actuels du site et leurs demandes de devis, information disponible dans n’importe quel outil de mesure d’audience. Ensuite, où se trouvent les clients que l’entreprise sert déjà, y compris ceux venus par le bouche-à-oreille. Une PME de Haute-Savoie a souvent une réalité suisse, italienne ou allemande avant d’avoir une réalité mondiale, ce qui oriente très différemment le budget.
Mon conseil est de commencer par une seule langue étrangère traitée sérieusement, avec les pages commerciales, le formulaire, les conditions de vente et le suivi après-vente, plutôt que par quatre langues traitées à moitié. Un site à moitié traduit, où le tunnel de commande repasse en français à la troisième étape, produit un abandon net.
En bref
- Trier les pages avant de choisir un prestataire : ce qui engage juridiquement d’un côté, le reste de l’autre.
- La norme ISO 17100:2015 impose une révision par un second linguiste, c’est le critère de sérieux le plus simple à vérifier.
- La norme ISO 18587:2017 encadre la post-édition de traduction automatique et distingue post-édition complète et superficielle.
- Pour vendre à des consommateurs en France, la version française reste obligatoire quelle que soit la langue d’origine du site.
Machine, post-édition, traduction humaine : ce qui les sépare vraiment
Trois niveaux de prestation coexistent aujourd’hui, et ils ne se distinguent pas par la qualité brute du premier jet mais par ce qui se passe après lui. La traduction automatique livre un texte sans relecture humaine. La post-édition ajoute l’intervention d’un traducteur sur ce texte. La traduction humaine part de zéro et, quand elle est conforme à la norme, passe entre les mains d’un second professionnel.
La norme ISO 17100:2015 fixe les exigences des services de traduction : qualifications des intervenants, gestion des ressources, et surtout une révision bilingue obligatoire par un second linguiste, distinct du traducteur. La norme ISO 18587:2017 encadre pour sa part la post-édition de traduction automatique et sépare deux niveaux, la post-édition complète, qui vise un résultat équivalent à une traduction humaine, et la post-édition superficielle, qui se contente de rendre le texte compréhensible.
| Niveau | Ce qui est fait | Pages où c’est raisonnable |
|---|---|---|
| Traduction automatique seule | Sortie brute d’un moteur type DeepL ou Google Traduction, aucune relecture | Rien de public. Utile en interne pour comprendre un document reçu |
| Post-édition (ISO 18587) | Reprise du texte automatique par un traducteur, complète ou superficielle | Articles de blog, fiches techniques répétitives, aide en ligne |
| Traduction humaine (ISO 17100) | Traduction puis révision bilingue par un second linguiste | Page d’accueil, offre, tarifs, conditions de vente, garanties, tunnel de commande |
Sur les prix, prudence avec les fourchettes qui circulent. Les grilles publiées par les prestataires situent le plus souvent la traduction professionnelle entre dix et vingt centimes par mot, avec des écarts importants selon la paire de langues, la technicité et le délai, mais aucune statistique publique ne consolide ce marché : ce sont des tarifs commerciaux, pas une donnée officielle. Demandez systématiquement un devis sur votre corpus réel plutôt que d’appliquer un tarif moyen trouvé en ligne.
Ce que la loi impose, selon le sens de la traduction
Traduire vers l’étranger relève du choix commercial, mais l’inverse relève de l’obligation. La loi n° 94-665 du 4 août 1994, dite loi Toubon, impose l’emploi du français dans la désignation, l’offre, la présentation, le mode d’emploi, l’étendue et les conditions de garantie d’un bien ou d’un service, ainsi que dans les factures et quittances et dans toute publicité destinée au consommateur en France. Le support utilisé ne change rien : un site marchand qui s’adresse au public français y est soumis, et la DGCCRF est l’autorité chargée de ce contrôle.
Concrètement, un entrepreneur qui lance une activité avec une identité anglophone ne peut pas se contenter d’une page de vente en anglais pour des clients français. La version française doit exister et être aussi lisible que l’autre. C’est le genre de détail qui ne se voit pas tant que rien n’arrive, et qui coûte cher le jour d’un contrôle ou d’un litige.
Cinq questions à poser avant de signer un devis
Le marché des services de traduction va de l’indépendant spécialisé à la plateforme automatisée, avec des écarts de prestation que le devis ne montre pas toujours. Ces cinq questions suffisent à trier.
- Qui traduit, et vers quelle langue maternelle ? Un traducteur travaille normalement vers sa langue maternelle, jamais l’inverse.
- Y a-t-il une révision par un second linguiste ? C’est le cœur de la norme ISO 17100, et la ligne qui disparaît le plus souvent des devis les moins chers.
- Le texte de départ est-il humain ou post-édité ? Les deux se facturent différemment et la réponse doit être écrite noir sur blanc.
- Comment le vocabulaire de votre métier est-il traité ? Un glossaire validé par vos soins avant le lancement évite les corrections en série ensuite.
- Que se passe-t-il à la mise à jour ? Un site vit. Un prestataire qui garde vos mémoires de traduction facture moins cher les évolutions.
Un dernier point, technique mais décisif pour votre visibilité : les versions traduites doivent être déclarées correctement à l’aide des attributs de langue prévus dans le code du site, sans quoi les moteurs de recherche peuvent traiter vos pages comme des doublons. C’est un travail de développeur, pas de traducteur, et il vaut mieux l’avoir prévu au moment du devis. Si vous en êtes à la construction du site lui-même, mes conseils pour un premier site web couvrent les arbitrages en amont de celui-ci.
Et si vous avez déjà fait traduire vos pages, le retour d’expérience m’intéresse toujours : ce sont les cas concrets qui rendent ce genre de conseil utile aux suivants.
Une autre façon de parler à l’international
La vidéo demande moins de traduction qu’on ne le croit. Se faire connaître grâce aux vidéos revient sur ce levier souvent négligé.
Article mis à jour le 19 août 2026. Références vérifiées à cette date : norme ISO 17100:2015 relative aux services de traduction ; norme ISO 18587:2017 relative à la post-édition de traduction automatique ; loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française et instruction de la DGCCRF sur son application. Les ordres de grandeur tarifaires cités proviennent de grilles commerciales de prestataires et ne constituent pas une statistique publique. Ce contenu est une information générale et ne remplace pas l’avis d’un juriste sur une situation contractuelle précise.

