3 astuces pour bien recruter

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Guide recrutement

Quarante-cinq minutes par candidat, c’est le format que je vois revenir le plus souvent chez les petites structures qui recrutent sans service RH. Le problème n’est presque jamais la durée. C’est qu’on entre dans la pièce sans savoir ce qu’on cherche à vérifier.

Pour bien recruter, trois gestes suffisent à changer la qualité d’un entretien : écrire la grille d’évaluation avant de publier l’annonce, poser à tous les candidats les mêmes questions ancrées sur des situations qu’ils ont réellement vécues, et connaître la liste des informations qu’un employeur n’a pas le droit de demander. Le reste, l’impression du premier quart d’heure comprise, est ce qui produit le plus d’erreurs de casting.

En bref

  • La grille se rédige avant l’annonce, pas après la pile de CV : elle fixe ce que vous évaluez et avec quel barème.
  • L’entretien structuré prédit nettement mieux la réussite dans le poste que l’entretien improvisé.
  • Une question comportementale fait raconter un fait daté ; une question d’opinion ne fait produire que des adjectifs.
  • Le code du travail limite les informations demandables au lien direct et nécessaire avec l’emploi.

Astuce 1 : écrire la grille avant de publier l’annonce

Une grille d’évaluation est la liste des critères que vous allez noter, avec ce qui distingue une réponse faible d’une réponse solide sur chacun. Elle se rédige au moment où vous définissez le poste, pas la veille des entretiens, parce qu’elle sert d’abord à trancher une question inconfortable : qu’est-ce qui est indispensable dès le premier jour, et qu’est-ce qui peut s’apprendre en trois mois ?

Ce tri fait, l’annonce s’écrit toute seule et les entretiens deviennent comparables entre eux. Sans lui, chaque candidat est évalué sur les critères qu’il a lui-même mis en avant, ce qui revient à laisser le mieux préparé décider de la façon dont on le juge.

Je conseille de s’en tenir à cinq ou six critères maximum, dont deux ou trois techniques et deux ou trois liés à la façon de travailler. Au-delà, personne ne remplit la grille jusqu’au bout et elle finit au fond d’un tiroir dès le deuxième entretien de la journée.

Astuce 2 : faire raconter des situations plutôt que décrire des qualités

Poser les mêmes questions à tous les candidats, dans le même ordre, avec une grille définie à l’avance, porte un nom : l’entretien structuré. La révision des validités des méthodes de sélection publiée par Sackett, Zhang, Berry et Lievens dans le Journal of Applied Psychology en novembre 2022 lui attribue un coefficient de validité de 0,42, contre 0,19 à 0,20 pour l’entretien libre où le recruteur improvise ses questions. C’est l’un des écarts les plus nets de toute la littérature sur le sujet, et il ne coûte rien à appliquer.

Le second réglage porte sur la formulation. Une question qui commence par « êtes-vous » ou « diriez-vous que » appelle une réponse que le candidat a déjà préparée. Une question qui commence par « racontez-moi une fois où » oblige à sortir un fait daté, avec un contexte, un rôle précis et un résultat. C’est le seul matériau vérifiable d’un entretien.

Ce que vous voulez évaluer La question qui ne sert à rien Celle qui produit une réponse exploitable
La gestion des tensions Êtes-vous à l’aise avec les clients difficiles ? Racontez-moi le dernier client mécontent que vous avez eu au téléphone. Qu’avez-vous dit exactement ?
L’autonomie Savez-vous travailler seul ? Sur quelle décision avez-vous tranché sans pouvoir joindre votre responsable, et comment ?
La motivation réelle Pourquoi voulez-vous travailler chez nous ? Qu’est-ce qui, dans l’annonce, vous a fait postuler à celle-ci plutôt qu’à une autre ?
La conscience du poste Vous sentez-vous capable d’assumer ces responsabilités ? D’après l’annonce, quelle partie du poste vous paraît la plus difficile pour vous ?

La colonne de droite a un effet secondaire que j’apprécie beaucoup en accompagnement : elle désavantage les candidats qui récitent et avantage ceux qui ont fait le travail, y compris les plus intimidés. La dernière question, en particulier, fait la différence entre quelqu’un qui a lu l’annonce et quelqu’un qui a postulé à trente offres le même soir.

Une question d’opinion ne fait produire que des adjectifs. Une question de situation produit un fait daté, et un fait se vérifie.

Astuce 3 : connaître ce que vous n’avez pas le droit de demander

Les informations demandées à un candidat ne peuvent avoir pour finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé, et doivent présenter un lien direct et nécessaire avec cet emploi ou avec l’évaluation de ses aptitudes professionnelles. C’est l’article L.1221-6 du code du travail, et c’est la règle qui règle d’avance la plupart des questions litigieuses.

Deux autres articles complètent le cadre. L’article L.1221-8 impose d’informer le candidat, de façon expresse et préalable, des méthodes et techniques d’évaluation utilisées, tests de personnalité compris. L’article L.1132-1 énumère les critères qui ne peuvent fonder aucune décision de recrutement, parmi lesquels l’origine, le sexe, l’âge, la situation de famille, la grossesse, l’état de santé, le lieu de résidence, l’apparence physique ou les convictions religieuses.

Dans la pratique, cela retire du jeu les questions sur les projets d’enfants, la situation conjugale ou la distance domicile-travail posée comme un test de fiabilité. Rien n’empêche en revanche de vérifier la disponibilité réelle sur les horaires du poste : c’est une contrainte de l’emploi, pas une information sur la vie privée. La différence entre les deux formulations est mince à l’oral, et elle est décisive en cas de contentieux.

Le « feeling », et pourquoi il coûte cher

La question qu’on me pose ensuite est toujours la même : faut-il ignorer complètement son intuition ? Non, mais il faut la remettre à sa place, c’est-à-dire après la grille et jamais à la place de la grille.

Le réflexe naturel consiste à se demander si la personne en face est agréable. La question utile est différente : ce mode de fonctionnement tient-il sur ce poste précis, avec cette équipe, sur deux ou trois ans ? Un profil qui ne vous ressemble pas est souvent celui qui apporte ce qui manque à l’équipe en place. C’est d’ailleurs ce que les tests de compétences dans un processus de recrutement permettent d’objectiver, là où l’entretien seul reste aveugle.

Dernier point que je vois sous-estimé : la note se remplit à la fin de chaque entretien, pas le vendredi soir pour les six candidats de la semaine. Passé quelques heures, il ne reste de chaque échange qu’une impression générale, et l’impression générale favorise systématiquement le candidat le plus à l’aise à l’oral. Ce qui n’est pas toujours celui qui fera le travail.

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La personnalité, jusqu’où l’évaluer ?

C’est la partie la plus discutée d’un recrutement, et la plus mal outillée. L’évaluation de la personnalité dans le recrutement détaille ce que ces outils mesurent vraiment.

Article mis à jour le 19 août 2026. Références vérifiées à cette date : Sackett, Zhang, Berry et Lievens, Journal of Applied Psychology, novembre 2022, sur les validités des méthodes de sélection ; articles L.1221-6, L.1221-8 et L.1132-1 du code du travail. Ce contenu est une information générale et ne remplace pas l’avis d’un professionnel du droit du travail sur une procédure de recrutement précise.