Il reste trois semaines. Au 1er septembre 2026, toute entreprise française assujettie à la TVA doit être en mesure de recevoir une facture électronique. Sur les rendez-vous que je mène en ce moment avec des porteurs de projet, la majorité découvre l’échéance au détour d’une autre question. C’est l’occasion de reprendre à zéro ce que la gestion comptable et financière demande vraiment à une jeune entreprise.
Une jeune entreprise tient sa gestion comptable et financière sur trois appuis : une comptabilité tenue dès la première facture plutôt que rattrapée en fin d’exercice, une trésorerie pilotée sur un échéancier daté plutôt que sur le solde du compte, et un expert-comptable consulté avant les décisions structurantes plutôt qu’après. Selon l’Insee (Insee Première n° 2070, 3 septembre 2025), 69 % des entreprises créées au premier semestre 2018, hors micro-entrepreneurs, étaient encore actives cinq ans plus tard, et recevoir un appui en conseil ou en information ajoute 7 points à cette probabilité.
En bref
- Au 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir une facture électronique ; l’obligation de l’émettre attend septembre 2027 pour les TPE, PME et micro-entreprises.
- La trésorerie se suit sur un échéancier de dates d’encaissement et de décaissement, jamais sur le solde bancaire du jour.
- Une facture réglée en retard ouvre droit à une indemnité forfaitaire de 40 € par facture, en plus des pénalités.
- Le commissaire aux comptes n’est obligatoire qu’à partir de seuils très au-dessus d’une jeune structure ; l’expert-comptable, lui, se justifie dès le départ.
L’échéance de septembre 2026 que beaucoup découvrent trop tard
À compter du 1er septembre 2026, toutes les entreprises établies en France et assujetties à la TVA doivent être capables de recevoir une facture électronique, quelle que soit leur taille. L’obligation d’en émettre arrive en deux temps : à cette même date pour les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, puis au 1er septembre 2027 pour les PME, les TPE et les micro-entreprises (calendrier publié par Service-Public Entreprendre, consulté en août 2026).
Concrètement, une jeune entreprise n’a pas à changer sa façon de facturer cette année. Elle doit en revanche être joignable : les factures électroniques transitent par une plateforme agréée, et il faut en avoir choisi une, ou disposer d’un logiciel de facturation qui y est raccordé. C’est un point d’organisation, pas un chantier comptable, mais il se règle avant la date. Et c’est typiquement le genre de sujet qui n’apparaît dans aucun business plan, avant de tomber sur le dirigeant entre deux livraisons.
Ce que l’expert-comptable apporte avant même la première facture
L’expert-comptable sert d’abord à trancher des questions qui coûtent cher si on les tranche seul : la forme juridique, le régime fiscal, le régime social du dirigeant, le niveau de rémunération soutenable la première année. Ces arbitrages se prennent avant l’immatriculation, et ils sont pénibles à défaire ensuite.
Les chiffres de l’Insee cités plus haut vont dans ce sens sans le démontrer à eux seuls : l’appui en conseil et en information concerne 64 % des projets et pèse 7 points de pérennité à cinq ans, une aide financière dédiée en pèse 6. Ce n’est pas une garantie individuelle, c’est une tendance mesurée sur une cohorte entière.
Un mot sur une confusion fréquente en rendez-vous : l’expert-comptable et le commissaire aux comptes ne sont pas le même métier. Le second n’est obligatoire qu’au-delà de deux des trois seuils relevés par le décret n° 2024-152 du 28 février 2024 : 10 millions d’euros de chiffre d’affaires hors taxes, 5 millions d’euros de bilan, 50 salariés. La question ne se pose pas pour une entreprise qui démarre.
La trésorerie se pilote sur un échéancier, pas sur un solde
Une entreprise rentable peut se retrouver en cessation de paiements parce que ses clients paient à 60 jours et ses fournisseurs à 30. C’est le décalage qui tue, pas la marge. Le plan de trésorerie sert exactement à ça : poser sur un calendrier, semaine par semaine, ce qui rentre et ce qui sort, avec les dates réelles et non les dates espérées.
Sur les retards de paiement, le cadre légal est plus favorable au créancier que ne le croient la plupart des dirigeants que j’accompagne. Voici les règles utiles à connaître avant de signer des conditions de vente.
| Règle | Ce que dit le texte |
|---|---|
| Délai par défaut | 30 jours après réception des marchandises ou exécution de la prestation, en l’absence de clause contraire |
| Délai maximum négociable | 60 jours à compter de l’émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si les parties le stipulent (art. L.441-10 du Code de commerce) |
| Pénalités de retard | Taux de la BCE majoré de 10 points si les conditions générales de vente ne prévoient rien |
| Indemnité forfaitaire | 40 € par facture en retard, dès le premier jour (art. D.441-5 du Code de commerce) |
Cette indemnité de 40 € est due de plein droit, sans mise en demeure, et doit figurer dans les mentions de vos factures et de vos CGV. Le contexte invite d’ailleurs à la prudence : la Banque de France recensait environ 70 000 défaillances d’entreprises sur douze mois glissants en mai 2026, contre une moyenne proche de 59 000 sur la période 2010-2019. Un client qui traîne à payer n’est pas toujours un client de mauvaise foi.
Les indicateurs à suivre, et ceux qui attendront
La première année, trois chiffres suffisent à savoir où l’on en est. Le chiffre d’affaires encaissé, à distinguer du chiffre d’affaires facturé, qui n’est qu’une promesse tant que l’argent n’est pas arrivé. La marge brute, qui dit si le modèle tient une fois les achats déduits. Et la position de trésorerie à trois mois, qui dit si l’entreprise passe l’automne.
Le reste, tableaux de bord détaillés, besoin en fonds de roulement, analyse par segment de clientèle, viendra quand l’historique sera assez épais pour que ces calculs disent quelque chose. Un indicateur nourri de deux mois de données ne mesure rien.
Faut-il un logiciel de comptabilité dès le départ ? Pas forcément un logiciel complet, mais un outil de facturation oui, raccordé de préférence à une plateforme agréée. C’est le moment de choisir, puisque l’échéance de réception tombe en septembre.
Et si l’entreprise est une micro-entreprise ? Les obligations comptables se limitent à un livre des recettes, complété d’un registre des achats pour les activités de vente. La logique de suivi de trésorerie, elle, reste exactement la même, et le calendrier de la facturation électronique s’applique aussi.
Le fil qui relie tout ça est assez simple : la comptabilité n’est pas une formalité qu’on subit une fois par an, c’est l’instrument qui vous dit, en cours de route, si le projet tient debout. Les décisions fiscales et juridiques évoquées ici gagnent à être validées avec un expert-comptable ou un juriste, qui les rapportera à votre situation réelle.
Les prévisions financières se posent bien avant la première facture
C’est dans le plan de financement que se joue l’essentiel de la trésorerie des deux premières années. Ma méthode pour rédiger un business plan convaincant détaille la partie chiffrée, celle que les banquiers lisent en premier.
Article mis à jour le 9 août 2026. Sources : Insee, Insee Première n° 2070, 3 septembre 2025 ; calendrier de la facturation électronique publié par Service-Public Entreprendre ; décret n° 2024-152 du 28 février 2024 relatif aux seuils de désignation des commissaires aux comptes ; articles L.441-10 et D.441-5 du Code de commerce ; Banque de France, défaillances d’entreprises, mai 2026. Ce contenu est une information générale et ne remplace pas l’avis d’un expert-comptable ou d’un juriste.



