Il s’est créé 1 165 800 entreprises en France en 2025, un record. Ce chiffre de l’Insee est réjouissant, mais il masque une réalité que je vois dans mon bureau : entre l’envie de se lancer et le premier euro encaissé, beaucoup de porteurs de projet abandonnent parce que personne ne leur a mis la chronologie à plat.
Créer une entreprise se joue en six temps : valider l’idée face à un marché, choisir une forme juridique, chiffrer un prévisionnel, boucler le financement, immatriculer au guichet unique de l’INPI, puis lancer commercialement. Les cinq premiers sont gratuits ou presque. C’est l’ordre qui compte, pas la vitesse.
- 1 Le parcours complet, étape par étape
- 2 Le business plan n’est pas un document pour la banque
- 3 Les seuils qu’il faut connaître avant de choisir son régime
- 4 Se faire connaître sans y laisser sa trésorerie
- 5 Ce que devient réellement une entreprise créée aujourd’hui
- 6 Deux questions que l’on me pose systématiquement
Le parcours complet, étape par étape
Voici la trame que je déroule avec les personnes qui viennent me voir avec un projet en tête. Chaque étape se déplie, pour que vous puissiez y revenir dans l’ordre qui vous arrange.
1. Confronter l’idée au marché
Le produit ou le service que vous rêvez de vendre n’a d’existence économique que si quelqu’un paie pour l’obtenir. Cette étape consiste à identifier vos futurs clients, à mesurer combien ils sont, ce qu’ils paient déjà pour un besoin voisin, et qui occupe la place. Un questionnaire de terrain et une dizaine d’entretiens valent mieux qu’un rapport sectoriel acheté en ligne.
2. Trouver un nom disponible
Un nom facile à prononcer et à retenir, oui, mais surtout un nom libre. La recherche d’antériorité se fait dans la base des marques de l’INPI et au registre national des entreprises, avant de commander la moindre carte de visite. Le nom commercial peut évoluer par la suite, la dénomination sociale beaucoup moins facilement.
3. Choisir la forme juridique
Entreprise individuelle, micro-entreprise, EURL, SASU, SARL, SAS : le choix dépend du niveau de chiffre d’affaires visé, du besoin d’associés et du régime social souhaité. Depuis la loi du 14 février 2022, l’EIRL n’existe plus : aucune création n’est possible depuis le 15 février 2022, et le statut unique d’entrepreneur individuel s’applique depuis le 15 mai 2022, avec une séparation automatique des patrimoines professionnel et personnel.
4. Bâtir le prévisionnel financier
Le plan de financement recense ce que coûte le démarrage et d’où vient l’argent. Le compte de résultat prévisionnel projette le chiffre d’affaires et les charges sur trois ans. Le plan de trésorerie, mois par mois, est celui qui sauve les entreprises la première année : c’est la trésorerie qui tue, rarement la rentabilité.
5. Boucler le financement
Apport personnel, prêt bancaire, mais aussi prêt d’honneur à taux zéro et sans garantie du réseau Initiative France, de 3 000 à 50 000 € avec une moyenne autour de 10 000 €, ou microcrédit de l’Adie jusqu’à 15 000 € pour les projets exclus du circuit bancaire classique. Ces prêts personnels renforcent l’apport et facilitent l’accord de la banque.
6. Immatriculer, puis lancer
Toutes les formalités passent par le guichet unique électronique de l’INPI depuis le 1er janvier 2023. Les anciens centres de formalités des entreprises, CCI, chambres de métiers ou greffes, ne reçoivent plus les dossiers, même s’ils continuent d’accompagner les créateurs. Pour une société, il faut aussi publier une annonce légale : 124 € hors taxes pour une EURL, 142 € pour une SASU, 148 € pour une SARL et 199 € pour une SAS au 1er janvier 2026 en métropole.
Le business plan n’est pas un document pour la banque
C’est d’abord votre outil de pilotage, et accessoirement le support que liront votre banquier, vos éventuels associés et les organismes de financement. Il tient en une trentaine de pages et raconte quatre choses : ce que vous vendez et à qui, comment vous le produisez et le livrez, comment vous le faites savoir, et à quel prix vous rentrez dans vos frais.
La partie que je vois le plus souvent bâclée est celle du modèle financier. Fixer son prix en regardant simplement ce que font les concurrents mène droit dans le mur : il faut partir de votre coût de revient réel, y compris votre propre rémunération, puis vérifier que le prix obtenu tient face au marché. Si les deux ne se rejoignent pas, c’est le modèle qu’il faut revoir, pas la marge qu’il faut raboter. La méthode complète tient dans mon guide de rédaction d’un business plan convaincant.
Les seuils qu’il faut connaître avant de choisir son régime
Deux jeux de plafonds coexistent et beaucoup de créateurs les confondent, ce qui coûte cher au premier contrôle. Le régime micro dépend d’un seuil de chiffre d’affaires ; la franchise en base de TVA en dépend d’un autre, bien plus bas.
| Régime | Vente de marchandises, hébergement | Prestations de services et libéral |
|---|---|---|
| Régime micro (revenus 2026) | 203 100 € | 83 600 € |
| Franchise en base de TVA | 85 000 € (tolérance 93 500 €) | 37 500 € (tolérance 41 250 €) |
Le seuil unique de TVA à 25 000 €, très commenté en 2025, a été définitivement abandonné par la loi du 3 novembre 2025 : les articles qui l’annoncent comme applicable se trompent. À l’inverse, un changement bien réel arrive : la réception de factures électroniques devient obligatoire pour toutes les entreprises assujetties à la TVA au 1er septembre 2026, l’obligation d’émission ne s’imposant aux TPE, PME et micro-entreprises qu’au 1er septembre 2027.
Dernier point de vigilance sur les aides. L’Acre, exonération partielle de cotisations en début d’activité, a été réduite par le décret du 6 février 2026 : pour les micro-entreprises créées à partir du 1er juillet 2026, l’exonération passe de 50 % à 25 %. Et elle n’est plus accordée automatiquement, la demande doit parvenir à l’Urssaf au plus tard le soixantième jour suivant le début d’activité.
Se faire connaître sans y laisser sa trésorerie
Le site internet est votre vitrine, pas votre plan de communication. Commencez par un site simple mais irréprochable sur les mentions légales et la sécurisation des paiements si vous vendez en ligne, plutôt que par une refonte graphique confiée à un designer avant même la première vente.
Côté réseaux, choisissez ceux où vos clients sont déjà. Facebook, Instagram ou X, l’ancien Twitter, ne se valent pas selon que vous vendez à des particuliers ou à des entreprises. Tenir un seul compte régulièrement bat trois comptes abandonnés au bout de six semaines, et cela m’a été confirmé par tous les créateurs que j’ai suivis sur la durée.
Ce que devient réellement une entreprise créée aujourd’hui
Autant le savoir avant de se lancer : selon l’enquête Sine de l’Insee publiée le 3 septembre 2025, 69 % des entreprises créées au premier semestre 2018 étaient encore actives cinq ans plus tard, hors micro-entrepreneurs, soit huit points de plus que la cohorte de 2014. Les sociétés tiennent mieux, à 71 %, que les entreprises individuelles, à 63 %. Chez les micro-entrepreneurs, en revanche, moins de trois sur dix passent le cap des cinq ans.
La formule « une entreprise sur deux disparaît » qui circule partout est donc fausse pour les créations classiques, et trop optimiste pour la micro-entreprise. C’est aussi pour cette raison que je décourage rarement quelqu’un de se lancer, mais que j’insiste toujours sur les étapes 1 et 4 du parcours ci-dessus.
Deux questions que l’on me pose systématiquement
Faut-il quitter son emploi avant de créer ?
Rien ne l’impose, et démarrer en parallèle reste la manière la plus sûre de tester un marché. Vérifiez toutefois votre clause d’exclusivité et votre obligation de loyauté avant de facturer le premier client.
Peut-on créer seul sans expert-comptable ?
Juridiquement oui, sauf obligation liée à la forme sociale. Dans les faits, je conseille au minimum un rendez-vous de cadrage avant l’immatriculation : le choix du statut, du régime fiscal et du régime social engage plusieurs années, et une erreur à ce stade se répare bien plus cher qu’elle ne se prévient.
Tout commence avant la paperasse
Avant le statut et l’immatriculation, il y a l’idée et le marché. La première étape de la création d’entreprise est celle que l’on saute le plus souvent.
Article mis à jour le 14 août 2026. Sources vérifiées à cette date : Insee Première n° 2092, « Les créations d’entreprises en 2025 » ; Insee Première n° 2070 et n° 2069 du 3 septembre 2025, enquête Sine sur la pérennité à cinq ans ; loi n° 2022-172 du 14 février 2022 relative à l’entrepreneur individuel ; guichet unique de l’INPI ; barème 2026 des annonces légales de constitution ; loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025 sur la franchise en base de TVA ; décret du 6 février 2026 relatif à l’Acre ; Bpifrance Création, Initiative France et Adie pour les dispositifs de financement. Ces informations sont générales et évoluent vite : elles ne remplacent pas l’avis d’un expert-comptable ou d’un juriste sur votre situation précise.



